• jeanpaulvillegas

Enivrons-nous


Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 


Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. 


Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »


Baudelaire, Le spleen de Paris


Photographie : Jean-Paul V.

6 vues

Posts récents

Voir tout

Avant le confinement

Encore un matin Où je t'attendais Des jours et des jours Sans ta présence Sans te sentir Effleurante sur ma peau Je t'attendais Alors, las, là, je suis parti La colline, elle, s'offrait à moi âme fac