• Bruno

Les lavandières, une hygiène de la pensée



Les pensées semblent issues d’un mouvement, celui de la roue à aubes d’un moulin isolé. C’est pour ça qu’elles ont le goût du neuf, mais qu’elles sentent déjà le renfermé. Ne pas les utiliser brutes, attendre un jour de lumière et de légère brise.


D’abord, bien les laver. Prendre l’eau de toute part, d’où qu’elle vienne, dans tous ses états. Ne pas hésiter à les faire tremper, éventuellement les ébouillanter en fonction de l’odeur. Quitte à ajouter, pour les plus nauséeuses, quelques essences de plantes aromatiques. Utiliser le battoir pour les coriaces (sans attendrissement, elles pourraient se révéler toxiques). Puis rincer à grande eau. Écumer en surface les plus légères, réserver. Laisser couler le fond de cuve dans le caniveau. Pour le reste, filtrer. Essorer et tordre le cou aux résidus haineux.


Choisir un lieu en hauteur, avec une vue de l’esprit dégagé, au soleil de midi.


Étendre les pensées (rester vigilant pour celles sur le fil), les laisser se dorer au soleil. Les retourner de temps en temps afin d’éliminer toute zone d’ombre. Observer leurs comportements. Elles devraient commencer à se frotter les unes aux autres, à se faire la courte-échelle, prendre des couleurs, s’animer et rire. C’est bon signe. Le signe d’une pensée soupesée, prête à exercer sa liberté d’expression.

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